Ethnies du Yunnan

Une population aux origines multiples


Le Yunnan compte 43 millions d’habitants dont un tiers appartient à l’une des 26 minorités qui y sont recensées sur les 55 que reconnaît l’Etat chinois dans tout le pays (les Han représentent, eux, la majorité soit 91% de la population totale chinoise) ; cela en fait la province la plus riche ethniquement.
Région des confins, le Yunnan représente très tôt un refuge pour les populations poussées par des invasions successives venues du Nord-est de la Chine. Les Thaïs sont sans doute les premiers habitants du Sud-Ouest de la Chine, rejoint par les Qiang d’origine tibétaine puis les Miao/Yao qui quittent la vallée du Yangtze autour de 3000 av JC.
Certains groupes ne figurent pas dans la nomenclature officielle qui les intègre à d’autres nationalités, pour reprendre le terme officiel. Ainsi, par exemple, les Mosuo de la région du lac Lugu sont inclus au groupe naxi.

Particularités des minorités

La Chine reconnait 56 minorités reconnues officiellement en Chine (les scientifiques parlent de plus de 400), plus des 2/3 se trouvent dans le sud-est du pays. A l’exception des Hui, les minorités ethniques échappent à la politique du contrôle des naissances, ont accès aux universités sans passer par la sélection générale et sont représentées au parlement.
Malgré l’assimilation d’une partie de ces populations minoritaires dans la croissance, le flot de l’exode rurale et un modèle de société qui principalement l’ethnie majoritaire des Han, qui menace réellement l’existence de certaines ethnies numériquement faibles, les cultures minoritaires n’en sont pas pour autant réduites au silence ou au folklore et sont toujours vivaces au Yunnan. Elles se distinguent tant par la variété de leurs costumes que par leur langue, leur histoire propre, leur situation géographique et leur mode de vie, leurs mythes fondateurs et leurs religions.

Les ethnies présentes au Yunnan :

Achang
On compte environ 35 000 Achang de nos jours, dont la quasi-totalité sont de la province du Yunnan et en particulier de la préfecture autonome de Dehong. De la branche tibéto-birmane les Achang sont convertis au Bouddhisme du petit véhicule par leur voisin Dai. De grande liberté sexuelle, le mariage est toutefois arrangé par les parents si les amoureux ne prennent pas les devant en s’enfuyant…
Bai
Les Bai (signifiant blanc d ou la dominante de cette couleur dans les costumes) sont environ 2 millions, vivant autour du lac Erhai dans la préfecture de Dali. Leurs maisons se distinguent par un mur écran contre les mauvais esprits, de superbes frises et peintures murales ainsi qu’un porche avec double toit en tuile.
Bulang
Ils vivent en autarcie au fin fond du Xishuangbanna . Leur seul lien avec l’extérieur est le commerce du thé, du coton et de la canne à sucre qu’ils cultivent. Bouddhistes et vivant en parfaite harmonie avec Les Dai leur population est de 90 000 individus. Leur région est célèbre pour le thé Pu’er.
Buyi
Essentiellement dans le sud-ouest du Guizhou, leur habitat jouxte le Yunnan et le Guangxi. On en compte en tout 3 millions dont 34 000 au Yunnan. Le costume Buyi est constitué d’un pantalon large (souvent en coton teint à l’indigo), d’une blouse, parfois d’un tablier brodé, et d’une coiffe en tissu à carreau, à rayure ou uni, blanche ou bleu. Les Buyi sont de grands artisans (argenterie, bijoux, tissage, batik, céramique…)
Dai
Pleins de points communs avec leurs cousins Thaï, Lao et Birman. On en compte plus d’un million essentiellement basé dans le Xishuangbanna. Adeptent du bouddhisme Theravada , les Dai vivent dans des habitations sur pilotis et sont spécialistes du tissage. Le nouvel an Dai est connu dans le monde entier pour ses courses en pirogues, ses lancers de fusées et sa fête de l’eau, arrosage mutuel et sacrée.
Deang
Les De’ang pratiquent pour la plupart un bouddhisme teinté d’animisme. Une petite minorité est chrétienne. Ils parlent une môn khmère du nord. Leurs maisons sont en bambou avec une armature en bois, le plus souvent à deux niveaux : le premier pour les bêtes et le second pour la famille. Les portes sont toujours tournées vers l’est. Les hommes ont coutume de se tatouer (tigre, cerf, fleur, écriture sainte…)
Dulong/Drung
Les Drung ou Dulong sont le long de la rivière Dulong (Irrawaddy) du district autonome Drung et Nu de Gongshan, dans le nord-ouest de la province du Yunnan. Ils sont animistes et les sacrifices pour apaiser les mauvais esprits sont courants. Les filles se tatouaient le visage de façon différente selon les clans. Même si la monogamie est de rigueur la polygamie n’est pas totalement inconnue dans cette minorité.
Gelao
Les femmes ont des vestes à manches très courtes brodées avec des écailles de poisson, losanges, ou des motifs triangulaires. Autrefois les hommes portaient une jupe, la couleur des vêtements permettait de distinguer les groupes entre eux (Gelao blancs, verts, rouges…) La principale religion pratiquée est maintenant le taoïsme. Certains ont également suivi le bouddhisme. Par la diversité de leur dialecte la langue des Han, ou chinois, est devenu leur langue commune.
Hani
On les trouve principalement dans le bassin du fleuve Rouge et les montagnes du Xishuangbanna (sous-groupe Hani plus proche des Akhas du Laos, Thaïlande et de Birmanie). Inventeurs des rizières en terrasses les femmes (dans la préfecture de Honghe) portent un pantalon teint à l’indigo, des pièces en argent et une coiffe agrémentée de fils de laine foncés.
Hui
Les marchands perses et arabes étaient déjà en contact avec la Chine 500 ans avant notre ère. Au XII e siècle Kubilaï Khan fer de lance des armées mongoles implanta grâce à ses conquêtes les Hui dans le Yunnan. Physiquement proche des Hans, ils appartiennent à la religion islamique. Il y eu aussi entre 1855 et 1873 un sultanat de Dali. Au Yunnan, les nombreuses mosquées et les restaurants musulmans témoignent d’une communauté active dans la province.
Jingpo
Au nombre de 130 000 les Jingpo vivent principalement dans les montagnes entre 1500 et 2000 mètres. Le plus jeune fils reste avec les parents jusqu’à leur mort et hérite des biens et de la propriété. Les Jingpo pensent que tout a une âme qui ne peut jamais mourir, ils se tournent vers le culte des esprits. Les hommes se nouent leur tête avec un turban de mousseline à motifs. Quand ils sortent, ils prennent souvent avec eux un couteau et autrefois une arme à feu.
Jinuo
D’origine tibéto–birmane, 20 000 individus sont implantés du côté de Jinghong (Xishuangbanna). La nationalité Jinuo (signifiant la descendance de l’oncle) n a été reconnue qu’en 1979. Chasseurs-cueilleurs et agriculteurs sur brulis, ils ont leur religion (culte des ancêtres) et leur propre langue mais pas de langage écrit. Les femmes sont expertes dans le tissage.
Lahu
Le nom Lahu signifie grilleur de tigre ou plus simplement chasseur de tigre. Leur passion pour la chasse les fait vivre en altitude à proximité des forêts primaires. On les trouve dans le Xishuangbanna, le long du Mékong, de la Salouen et aux frontières du Laos, Thaïlande et Vietnam. Aujourd’hui on compte à peu près un demi-million de Lahu.
Lisu
Les chinois distinguent trois tribus : Lisu noirs, blancs et fleuris sur la base des différences vestimentaires et dialectales. Cela s’expliquent par la dispersion et l’éloignement des divers groupes (Yunnan : territoire autonome Lisu du Nujiang, frontière de la Birmanie, nord-est de la Thaïlande, Tibet, Sichuan). Au nombre de 580 000 (les 2/3 au Yunnan) agriculteurs sur brûlis, ils résident dans des villages très dispersés parmi les autres groupes et sont considérés comme l’une des tribus des montagnes les plus colorés en Asie du sud-est.
Luo
La minorité Luo (de la branche des Yi) vit dans le sud-est du Yunnan, dans les montagnes bordant la frontière du Vietnam et du Guangxi. Aujourd’hui ce petit groupe minoritaire de la Chine est menacé de disparaitre complétement. Les Luo sont parmi les plus pauvres tribus montagnardes. Le président Mao voulait les assimiler aux Yi mais les Luo se sont farouchement opposé à cette réforme.
Miao
Au nombre de 9 millions dans le sud-est de la Chine, les Miao se subdivisent en de très nombreux groupes. Animistes et spécialistes du chant et de la musique, ils pratiquent l’agriculture sur brulis. Les langues Miao sont naturellement musicales et leur musique peut se transcrire directement en mots .L’habillement des femmes changent de villages en villages, pour les fêtes elles se parent de leurs plus beaux bijoux en argent.
Mosuo
Les Mosuo ou les amazones du XXI e siècle ? C’est la dernière société matriarcale au monde !!! Vivant au bord du lac Lugu à la frontière du Sichuan et du Yunnan, la femme y est reine et rien ne lui échappe : nom, statut social, rôle politique, descendances, biens et propriétés. Pas de mariages ni de vie commune mais autant d’amants qu’elles ne le désirent. Qui c’est qui les championnes ? A méditer messieurs…
Naxi
Les Naxi sont implantés dans le Yunnan du Nord. Nomades venus du Tibet nord oriental il y a plus de 2000 ans, ils se sont sédentarisés dans la région de Lijiang. Société matriarcale pratiquant une religion influencée par le lamaisme tibétain, les Naxi utilisaient une écriture très spéciale sous forme de pictogrammes. On peut encore voir aujourd’hui les femmes vêtues de leur cape caractéristique symbolisant les 7 étoiles de la grande ourse.
Nu
La majorité des 25.000 Nu vivent dans la préfecture autonome Lisu de Nujiang. La minorité Nu fait partie du groupe Tibéto/Birman. Les croyances religieuses du peuple Nu restent primitives et animiste, ils admirent aussi la puissance de la nature. Les Nu portent des vêtements de lin. Les femmes se parent des belles jupes ainsi que des décorations de corail, coquillages, et de perles.
Pumi
34 000 âmes reparties dans le nord-est du Yunnan, confins du Tibet et Sichuan. Ils vivent entre 2000 et 3500 mètres d’altitude dans des maisons en bois à étage, le rez de chaussée servant d’étable. La plupart des enfants fréquentent maintenant l’école primaire. Les médecins dans les dispensaires et postes de santé ont remplacé de nos jours les sorcières.
Yao
Première nationalité minoritaire de l’histoire de Chine on peut noter pleins de diversités dans cette ethnie. On dénombre six langues Yao. La plupart des groupes peuvent conserver trois générations sous le même toit. Ils résident dans les terres montagneuses du sud-ouest et du sud de la Chine. Les Yao ont une religion écrite basée sur le Taoïsme chinois médiéval, bien que beaucoup aient été converti au Bouddhisme et au christianisme. A la fin du 20e siècle, on en comptait environ 2 130 000. Les Yao s’appelle les Mien (signifiant « personne ») ou Iu-Mien.
Yi
Groupe tibéto-birman, les Yi sont un peu partout dans le sud-est de la Chine. Ils regroupent une diversité de peuples avec de grandes différences (langue, culture, croyance, costume…) Vivant sur les hauts plateaux les groupes les plus importants sont les Yi noirs, Yi rouges, Yi blancs et Yijia. Jusqu’ en 1956 les Yi noirs pratiquaient encore le commerce d’esclaves et s’adonnaient au trafic d’opium.
Wa
Les derniers chasseurs de têtes symbole de la bonne santé et une récolte abondante. Rassurez vous si la pratique n’existe plus le sacrifice d’un bœuf est encore monnaie courante. Le crane de ce dernier sera place à l’entrée du village pour chasser les mauvais esprits. Les Wa du Yunnan se répartissent principalement le long de la frontière sino-birmane.
Zang (Tibétains)
La plupart vivent dans la région autonome du Tibet, pratiquent le bouddhisme tibétain (également appelé lamaïsme), nombreux adhèrent à la secte des bonnets jaune(Gelugpa), bien que d’autres écoles existent. Tsamba, thé au beurre de yak, mouton et bœuf sont leurs aliments de base. En dehors des tresses ils portent tous des blouses à manches longues quand ils dansent on peut comparer leurs manches à des battements d’ailes. Dans le domaine scientifique le renom de la médecine tibétaine n’est plus à faire.
Zhuang
Principalement localisés dans la région autonome Zhuang du Guangxi, au sud-est de la Chine, à la frontière avec le Vietnam. Une grande partie de la population continue de se fier aux croyances anciennes : animisme et culte des ancêtres. La musique est une composante essentielle de la minorité Zhuang, réputée très fournie en excellents danseurs et chanteurs. Le costume est semblable à celui des paysans chinois (veste et pantalon).

Un kaléidoscope de croyances

À l’exception du judaïsme, très marginal, toutes les grandes religions sont représentées en Chine et au Yunnan. Taoïsme, bouddhismes du grand et du petit véhicule, islam et christianisme, mais aussi animisme et formes syncrétiques telles que ce que l’on appelle communément la « religion chinoise » ou, sur le territoire plus restreint de l’ethnie naxi, la religion dongba qui combine chamanisme, bon (religion pré bouddhique du Tibet) et bouddhisme.