Genéralités sur le Yunnan

YUNNAN

Yunnan

Le Yunnan, une biosphère unique

D’une superficie totale de 394100 km² (plus que l’Allemagne mais moins que la Suède et seulement 4% du territoire chinois), le Yunnan, situé dans le sud-ouest de la Chine (entre 97° 31′ 39″ – 106° 11′ 47″ longitude est et 21° 8′ 32″ – 29° 15′ 8″ latitude nord) et traversé par le Tropique du Cancer dans sa partie méridionale, est entouré par la Région Autonome du Tibet, la Birmanie, le Laos, le Vietnam et les provinces chinoises du Sichuan, du Guizhou et du Guangxi.

Région essentiellement montagneuse, le Yunnan s’élève à 1980 m en moyenne, ce qui correspond à l’altitude de sa capitale, Kunming.

Kawagebo/MeilixueshanLe point le plus haut, le sommet du mont Kawagebo/Meilixueshan, au nord-ouest de la province culmine à 6740 m.
Le point le plus bas, dans la région de Hekou, à la frontière vietnamienne, n’est qu’à 76 m d’altitude.
La moitié Est de la province est constituée d’un plateau calcaire traversé de rivières et offrant de beaux paysages karstiques.
Les hautes chaînes montagneuses des contreforts himalayens occupent l’ouest de la province.

La région est traversée par de nombreux cours d’eau dont trois des plus grands fleuves d’Asie.
Le Yangtse, (Changjiang/ 长江) autrefois surnommé le Fleuve Bleu. Prenant sa source dans la province du Qinghai, il est appelé Rivière aux Sables d’or (Jinsha Jiang) au Yunnan où il a creusé les spectaculaires Gorges du Saut du Tigre. Il traverse ensuite toute la Chine pour rejoindre la Mer de Chine orientale, au-dessus de Shanghai. C’est le plus long fleuve d’Asie et le troisième plus grand fleuve du monde (6380 km).
Le Mekong (Lancang Jiang/澜沧江). Né au Tibet, il file jusqu’à la mer de Chine du Sud au Vietnam.
La Salween (Nujiang/怒江) s’écoule jusqu’au Golfe de Martaban, en mer d’Andaman.
La Rivière Rouge (Honghe/红河) prend sa source au Yunnan et poursuit sa course au Vietnam où elle se jette dans le Golfe du Tonkin.

La situation géographique et la topographie du Yunnan expliquent la variété de son climat(lien vers page climat), tempéré au Nord et subtropical au sud, ainsi que la richesse de sa faune et de sa flore. On y trouve plus de la moitié des espèces végétales recensées dans tout le pays parmi lesquelles nombre de plantes aux vertus médicinales.
mekong.

mekongDepuis 2003, la zone délimitée par le cours supérieur de la Salween, du Mekong et du Yangtse, au Nord-ouest du Yunnan, constitue un parc naturel protégé classé au Patrimoine de l’Unesco. Représentant la région tempérée la plus riche du monde en espèces animales et végétales, cette zone est également d’une grande richesse géologique, témoignant de la formation de la chaîne himalayenne et du plateau tibétain liée à la collision des plaques indienne et eurasienne.

Sa topographie exceptionnelle, alternant gorges de 3000 m de profondeur et sommets enneigés dépassant 6000m, compose des paysages d’une beauté unique.

Ressources

Le relief essentiellement montagneux du Yunnan limite la surface des terres arables. L’agriculture se limite à des zones de plaines d’altitude, de vallées et de versants de montagnes sculptés en terrasse. Le riz est la principale culture, mais l’on trouve également du maïs, du blé, des patates douces, du soja, de la canne à sucre, du coton… Le thé est une production très réputée du Yunnan, qui compte parmi les plus anciennes plantations de Chine.
C’est également une terre productrice de tabac réputé dans tout le pays.

Le traitement de plantes médicinales a permis l’émergence d’une industrie pharmaceutique aujourd’hui en plein développement.

Une grosse part des revenus du Yunnan provient par ailleurs de ses ressources minérales, essentiellement en métaux non ferreux (étain, cuivre, zinc…).
À ne pas négliger depuis quelques années, la part du tourisme dans l’enrichissement de la province.

Une histoire mouvementée


Les origines

Le 1er mai 1965 étaient découvertes dans le comté de Yuanmou, au nord-est de Kunming, deux dents humaines probablement vieilles de 500 000 à 600 000 ans (les premières datations estimant qu’elles avaient 1,7 millions d’années ont été infirmées). C’est la plus ancienne trace de présence humaine au Yunnan, ce qui fait de l’homme de Yuanmou le contemporain l’Homme de Pekin et de l’Homme de Lantian, d’autres homo erectus,

Le royaume de Dian

Les plus anciennes traces historiques remontent au IVe siècle av.JC. Du IV au IIe sièce av. JC, la majeure partie du Yunnan est gouvernée par le Royaume de Dian dont le cœur se situe aux abords du Lac Dian au sud de Kunming. Les objets de bronze découverts en 1954 sur le site funéraire royal de Shizhaishan révèlent la richesse de cette civilisation. De nombreux exemplaires sont exposés au musée provincial du Yunnan à Kunming.lac-fuxian
Des archéologues chinois effectuent actuellement des recherches dans le lac Fuxian où ont été découvertes des traces d’habitats et ce qui ressemble fort à une …pyramide, vestiges probables de la capitale du royaume qui aurait été engloutie à la suite d’un tremblement de terre en 110.
La disparition de cette ville suivrait donc de peu la chute politique du royaume sous les coups de l’empire han, soucieux de s’assurer un accès à l’Inde et la Birmanie qui assurait la prospérité du royaume soumis.
Cette invasion han pousse de nombreux Thaïs à poursuivre leur migration vers le Sud pour s’établir dans la péninsule indochinoise.
Pendant la période des Trois Royaumes (220-589) l’empire Shu fondé au Sichuan par l’un des descendants des Han domine le nord du Yunnan limitrophe.

Les royaumes de Nanzhao et de Dali


En 737, Piluoge unit les différentes tribus bais se partageant les abords du lac Erhai, dans la région de Dali, et fonde le royaume bai et yi de Nanzhao. D’abord soumis à la dynastie Tang, ce royaume se renforce militairement et affiche des prétentions expansionnistes compromettant les intérêts de l’Empereur qui lance alors une série de campagnes militaires dont ses adversaires sortent victorieux. Le Nanzhao ne cesse de s’étendre au Yunnan, en Birmanie, au Nord de la Thaïlande et du Laos. Il atteint le faîte de sa gloire en s’emparant de Chengdu, au Sichuan, en 829.

Jizu Shan YunnanParallèlement, le Tibet étend son pouvoir sous le règne de Trisong Detsen propagateur du bouddhisme. Après avoir sécurisé les frontières tibétaines et unifier les diverses tribus indigènes, il se lance dans une campagne de conquête qui le conduit jusqu’à Chang’an (actuelle Xi’an) alors capitale d’empire qu’il pille et occupe pendant deux semaines.
Le royaume du Nanzhao joue alternativement sur les deux tableaux, multipliant les renversements d’alliances tantôt avec les Chinois, tantôt avec les Tibétains.
Il s’éteint au début du Xe siècle, trop faible pour juguler les dissensions ethniques qui l’agitent.
Lui succède bientôt, le royaume de Dali dont les 22 rois successifs régnèrent jusqu’en 1253, date à laquelle les troupes de Kubilai Kan, fondateur de la dynastie yuan, conquièrent le Yunnan.
L’époque des royaumes de Nanzhao et de Dali correspond à un développement considérable des relations commerciales avec le Tibet, donnant son plein essor à la route du thé et des chevaux, l’une des branches de la « route de la soie du sud ».
Outre son intérêt économique, cette route constitue également une grande voie d’échanges culturels.
C’est l’une des voies d’introduction du bouddhisme au Yunnan, adopté comme religion officielle par les rois du Nanzhao.
Les très belles sculptures rupestres représentant rois et divinités bouddhiques de Shibaoshan datent de cette époque.

Le Yunnan dans l’Empire chinois

À partir de 1274, l’Empire s’assure, non sans mal, une présence permanente dans la nouvelle province du Yunnan.
Marche accidentée et difficilement accessible de l’Empire, la province connaît de fréquents remous et les Qing, (dernière dynastie régnante, de 1642 à 1912), ont de grandes difficultés à y imposer leur autorité. Leur agent chargé d’éradiquer les derniers Ming réfugiés au Yunnan finit se retourner contre la nouvelle dynastie et fonde la dynastie Zhou. Ce n’est que 30 ans après s’être imposé à Pékin que les Qing finissent par prendre Kunming.

Conflits ethniques et convoitises étrangères

Refuge traditionnel de populations non chinoises refoulées par les colons chinois, le Yunnan connaît des tensions ethniques.
En 1856, la population musulmane (ethnie hui), établie au Yunnan depuis les conquêtes mongoles du XIIIe siècle, se soulève (révoltes des Panthay) et crée le sultanat de Dali . Après une terrible répression qui aurait entraîné la mort de la moitié de la population hui du Yunnan, le sultanat disparaît en 1873.
Aujourd’hui encore, on peut voir à Dali la résidence du sultan qui abrite désormais le musée de la ville.
À la fin du XIXe, la Chine est l’objet des convoitises des puissances coloniales étrangères.
La France, qui contrôle le Tonkin, cherche à étendre sa zone d’influence à la Chine du sud-ouest, convoitant sa production d’opium et ses richesses minérales et visant l’accès au Sichuan et au commerce du haut Yangzi. Elle entreprend en 1903 la construction d’une ligne ferroviaire reliant Hanoi et Kunming et obtient le droit de faire du commerce au Yunnan.village-yi

La fin de l’Empire et le règne des seigneurs de la guerre

Après plusieurs tentatives infructueuses de renversement de l’Empire, dont, en avril 1908, celle que Huang Mingtan lance à Hekou à la frontière du Yunnan et du Vietnam, le soulèvement de Wuchang, initié par plusieurs troupes organisées par des militaires républicains, met fin à un régime monarchique multimillénaire. Le 30 octobre 1911, Li Genyuan du Tong Meng Hui du Yunnan, lance une rébellion armée au Yunnan. Dès le lendemain, Kunming est prise, et Cai E (蔡锷)est nommé gouverneur de la province du Yunnan fraîchement créée. Parmi les hommes de Cai E figure l’un de ses anciens élèves, Zhu De (朱德), qui deviendra le père de l’armée rouge après avoir été un seigneur de la guerre et s’être guéri de son accoutumance à l’opium.
La première République de Chine est proclamée le 12 février 1912. Yuan Shikai est élu président de la République mais lorsqu’il tente de rétablir en sa faveur l’Empire, en 1915, Cai E lance la Campagne de protection de la République. Vainqueur des troupes sichuanaises loyales à Yuan shikai avec une armée de seulement 20 000 hommes, il entraîne dans son sillage plusieurs provinces qui auront définitivement raison de leur adversaire.
La chute de Yuan Shikai inaugure la période des Seigneurs de la guerre. Cai E déclare l’indépendance du Yunnan. Après sa mort en 1916 Tang Jiyao lui succède en tant que nouvel homme fort du Yunnan (il y crée l’université du Yunnan en 1922) mais est renversé dix ans plus tard par Long Yun.
Ces chefs militaires s’appuient majoritairement sur des armées privées, entretenues grâce à un supplément d’impôts infligés aux paysans et à la culture de l’opium dont ils organisent la contrebande. L’opium du Yunnan, représentant un tiers de la production nationale est transporté vers Chongqing par la rivière aux sables d’or, vers Canton, et vers l’Indochine via le chemin de fer français.
Le contrôle de ce commerce est le principal enjeu des guerres qui opposent les seigneurs de la guerre. Chaque défaite entraîne la démobilisation d’armées entières qui se transforment en bandes de brigands faisant peser un lourd climat d’insécurité et provoque en retour la création de milices et de groupes d’autodéfense. S’en suit une militarisation générale de la société chinoise, entre 1916 et la deuxième guerre mondiale.

La guerre sino-japonaise 1937-1945

En 1937 éclate la guerre sino-japonaise qui va durer 8 ans. Le Yunnan devient alors la plaque tournante du ravitaillement de la Chine libre réfugiée à Chongqing.
Jusqu’en 1940, le chemin de fer français du Tonkin et la route de Birmanie reliant Lashio à Kunming, via Dali, construite par 150000 coolies en 1937, sont les voies de ravitaillement principales. Toutes deux fermées sous la pression japonaise, elles sont relayées par la route Stillwell et le pont aérien mis en place par Claire Chenault et ses flying tigers.
Quotidiennement, pilotes américains et chinois survolent l’Himalaya, surnommé the Hump, entre l’Inde et le Yunnan.
Cette période est particulièrement difficile pour les populations urbaines, premières victimes de la très forte inflation. De nombreuses levées de soldats et de taxes pèsent lourdement sur la population.
Après la reddition du Japon en 1945, la guerre se poursuit en Chine entre Nationalistes et Communistes. Long Yun, chassé par Chiang Kai-shek en octobre 1945, entre en relation avec les Communistes dont il soutient la conquête du sud-ouest chinois.

La Chine communiste

Dès 1951, le réforme agraire est lancée dans l’ensemble du pays. Au Yunnan, les responsables chargés de l’appliquer, majoritairement originaires du Nord, ne connaissent rien aux particularismes locaux.
Pendant la guerre d’Indochine, le Yunnan sert de base arrière aux troupes communistes vietnamiennes et joue un rôle déterminant dans l’issue de la bataille de Dien Bien Phu.
Comme partout, le grand bond en avant entraîne une situation désastreuse au Yunnan. La Révolution culturelle y est particulièrement meurtrière puisqu’on estime à 80000 le nombre de morts entre 1966 et 1969. Ce bilan particulièrement lourd s’explique par la crainte de voir la région contaminée par les évènements du Vietnam alors en guerre contre les Américains, et le réveil de conflits ancestraux entre clans.

Le Yunnan aujourd’hui

Ces dernières années, le gouvernement chinois met particulièrement l’accent sur le désenclavement des provinces occidentales, Yunnan et Tibet en tête. Cela se traduit notamment par un développement important des transports à l’intérieur de la Chine ainsi qu’avec les pays limitrophes dans le but de faciliter et donc de multiplier les échanges commerciaux. En 1992, les 6 pays riverains du Mekong ont lancé le programme de coopération économique de la sous-région du Grand Mékong (GMS) qui vise à promouvoir le développement économique et social des six participants.
À l’heure où la Chine se développe à très grande vitesse, les cours d’eau de l’ouest du pays représente une source d’énergie de premier ordre. Plusieurs barrages sont en cours de réalisation ou en projet sur les principaux fleuves du Yunnan, soulevant bien des polémiques sur le bien fondé de cette politique et les périls écologiques qui pèsent sur la région.